LOX
Une chronique proposée par Lox
depuis le 03/07/2008
Qui est LOX ?
Un auteur célèbre sous un autre nom… Les plus perspicaces reconnaîtront son style…

Sous la loi des Filles (suite)

L'éternelle Faucheuse et le sel de la vie
Ensuite, je ne sais plus très bien. Je n'ai que de vagues images qui me reviennent à l'esprit. Je vois des pieds nus féminins qui se posent sur mon visage, j'en sens l'odeur, je les lèche. Il me semble que je rampe nu, tenu en laisse par une magnifique fille aux cheveux longs et fins, dans un étroit couloir qui longe des cellules de prison, sur un carrelage froid et sale. J'entends des rires de femmes. Je reçois des gifles. Et soudain je me suis réveillé pour de bon. J'avais bien rêvé : Babara, le lieutenant Lanski et les autres n'avaient été que des illusions, des illusions merveilleuses certes, mais rien de plus. J'avais complètement divagué. En revanche Lucie, Caroline, Sabine, Tamara et Katia m'avaient bien laissé seul. Heureusement, elles m'avaient détaché les mains, me laissant ainsi la possibilité de me libérer. Curieusement, j'étais déçu. J'aurais été affolé si elles m'avaient vraiment laissé entièrement ligoté, mais maintenant que je ne risquais plus rien, je regrettais qu'elles ne soient pas allées jusqu'au bout… J'imagine très bien ma rencontre avec l'éternelle Faucheuse. Elle me serait apparue sous la forme d'une belle femme en robe noire, froide et impitoyable, avec de larges bracelets de métal sur ses fins poignets. Je contemplai longtemps cette vision formidable.
Quand je me suis décidé à bouger, mes premiers gestes ont été très douloureux. Au moindre mouvement, des élancements transperçaient mes membres ankylosés comme des lames aiguisées. Je repensais à mes belles tortionnaires pour me donner du courage. J'ai mis du temps pour défaire chaque nœud et ouvrir chaque cadenas. Quand ça a été terminé, je me suis reposé un peu, allongé dans les souillures dont elles m'avaient joyeusement badigeonné. J'avais envie de dormir mais je me suis dit qu'en me forçant à rester éveillé pour tout remettre en ordre je prolongerai à la fois les souffrances qu'elles m'avaient infligées et ma condition d'humble serviteur. Il m'a fallut plusieurs heures pour faire un ménage complet (fastidieux mais nécessaire). Comme un vrai petit larbin. J'ai commencé par me laver, puis j'ai fait la vaisselle, j'ai trié tout ce que je pouvais réparer et tout ce qui était bon pour la poubelle, j'ai nettoyé autant que possible ma moquette désormais foutue.
Notre petit sabbat avait commencé vendredi soir. J'avais repris conscience en fin d'après-midi le lendemain. Je ne me suis pas couché avant dimanche à l'aube, exténué mais satisfait de mon travail et content de ce que les filles m'avaient fait subir : ça c'étaient de vrais " bons mauvais " moments ! Ca faisait tout le sel de la vie ! Le sel de la vie se confond pour moi avec celui de la transpiration pédestre des femmes, et c'est un régal ! J'étais heureux de mon week-end, en somme. Et j'étais encore tout excité à la pensée de revoir Caroline dès lundi matin au bureau. Quand nos regards se croiseraient, il y aurait ça entre nous. Une nouvelle raclée. Une nouvelle honte. Et il me faudrait encore travailler sans un instant de répit pour m'occuper à la fois de mes dossiers et des siens pendant qu'elle resterait pendue au téléphone avec ses copines, qu'elle surferait sur internet et qu'elle traînerait à la machine à café avec d'autres employées prétentieuses et bien sapées. Je sentais la férule féminine pénétrer ma chair, et j'aimais ça. J'avais hâte de reprendre la semaine, pour me sentir à nouveau bien écrasé sous l'autorité de Caroline. Mais hélas, quand le réveil a sonné, j'étais cloué au lit par une fièvre épouvantable. J'étais monté à quarante.

MARIKO
Mon médecin traitant est une belle asiatique, grande et élancée, à la longue chevelure noire, au teint doré. Elle est joyeuse, elle rit tout le temps. Et elle déborde d'énergie. Je suis amoureux d'elle bien sûr, comme je suis amoureux de toutes ces beautés qui foulent la terre sur tous les continents (elle a de la chance, la terre, je voudrais bien n'être qu'une poussière collée sur la lanière d'une sandalette d'été d'une jolie citadine, d'une touriste, d'une paysanne, d'une reine…). Je me suis fait un plaisir de lui téléphoner. Malheur à moi (ou bonheur) ! Je n'imaginais pas ce qui m'attendait. Elle n'a pas été dupe. Elle a immédiatement compris tout ce qui s'était passé. Il faut dire que je m'étais quelques fois risqué ces temps derniers à faire des allusions sur mes goûts masochistes lorsque je m'étais rendu à son cabinet… Cette fois, étant donné mon état lamentable, elle s'était déplacée. Savait-elle déjà ? N'attendait-elle que cette occasion ? L'intelligence féminine est tellement supérieure à la notre que cela ne m'étonnerait pas. Elle était vêtue tout en noir, avec un pantalon en cuir et une ceinture fermée par une boucle de métal.
" Alors petite nature, m'a-t'elle apostrophé d'emblée, qu'est-ce qui cloche cette fois ? "
Interloqué, je me demandais si j'avais bien compris. Il n'aurait pas été étonnant que j'aie mal entendu, dans mon état. Peut-être même délirais-je à nouveau ? Dans ce cas, je ne savais pas s'il fallait m'angoisser ou me réjouir (après tout, mes divagations étaient certes cauchemardesques mais également merveilleuses). Comme je ne bougeais pas, elle reprit avec impatience :
_ Et bien alors ! Je vous ai dit de vous déshabiller et de vous allonger !
_ Oui Maîtresse.
_ Pardon ?
_ Non, rien.
Avais-je bien vu un éclat briller dans ses yeux bruns ? J'hésitai avant de me dévêtir par crainte de lui montrer les marques que les filles m'avaient laissées. Et puis j'obtempérai, animé par une sorte de défi, par une fierté de montrer ma condition d'esclave et par l'espoir qu'elle aussi peut-être… Elle lâcha un sifflement lorsqu'elle découvrit ma peau lacérée, bleuie, jaunâtre, tuméfiée.
_ Qui vous a fait ça ? demanda-t-elle avant d'enchaîner : non, ne dites rien, je devine.
_ Vraiment ?
_ Si vous croyez que je n'ai pas saisi vos nombreuses allusions chaque fois que vous me rendez visite… D'ailleurs vous bandez à l'instant même, mon cher, là, allongé nu devant moi.

Je jetais un regard étonné sur ma verge et je constatai qu'elle avait raison. C'était comme si mon membre, en se hissant, voulait proclamer ma reddition. Elle n'aurait eu qu'à y attacher un petit drapeau blanc pour que les choses soient bien claires… Je remarquai aussi que ma fièvre venait de s'envoler. Je me sentais même en pleine forme tout à coup. Je levai les yeux vers elle. On s'est observé un instant, en silence. Soudain, elle m'a giflé. Une claque retentissante, magistrale : quel punch ! J'en voyais trente-six chandelles… Elle s'est penchée sur moi, m'a attrapé par les cheveux et a craché sur mon visage. Voilà que ça recommençait de plus belle… Qu'est-ce qu'elles avaient toutes ? Peut-être était-ce une soif de vengeance ancestrale qui les guidait ? L'homme a lâchement profité de la bonté féminine pendant des siècles mais il est maintenant sur le déclin. Les femmes prennent le pouvoir partout, de plus en plus et elles entendent bien nous faire payer nos fautes passées et présentes. Tout ça n'était qu'un début. Moi, je n'étais qu'un beau spécimen de la dégénérescence masculine : bientôt, il y en aurait beaucoup d'autres comme moi et elles règneraient en Maîtresses absolues !
" Oui, tu as raison, affirma-t-elle, c'est exactement ça ! "
Je ne m'étais même pas rendu compte que j'avais parlé tout haut.
" Oooo Mariko, je vous aime… " murmurai-je.
Elle éclata de rire.
" Tu es grave, toi. Je veux dire, pas seulement dans ta tête, mais aussi par ton état physique. Tu sais quoi ? Il va falloir quelques petites séances d'acuponcture pour te remettre sur pied. Ca tombe bien : j'ai amené tout le matériel avec moi ! ".

Planchette japonaise
Elle était effectivement venue avec une épaisse trousse de médecine en cuir noir, toute neuve (l'étoffe brillait comme des souliers bien cirés).
" Mais d'abord, il va falloir que je te piétine un peu pour échauffer tes petits muscles maigrelets… ".
Sitôt dit, elle m'attrape sans ménagements et me fait tomber par terre.
" Reste sur le ventre, ordonne-t-elle, comme ça ! "
Puis elle monte sur mon dos et commence à m'écraser. Entre deux gémissements de souffrance et de jouissance, je lâchai soudain :
_ Je dois avoir une tête à ça, n'est-ce-pas Madame ?
_ Une tête à quoi ?
_ Une tête à claque, une tête à vous servir de souffre-douleur, de punching-ball, hein Madame ? Je suis un con, je suis une merde, aïe aïe aïe houuu, un abruti, un être inférieur et vil…
_ Ferme là un peu, tu veux ?
_...
_ A moins que tu préfères que je te bâillonne ?
_ Je pourrai vous lécher les pieds ?
_ Ta gueule !
Sur ces mots, elle a entrepris de me ligoter. Je la laissais faire bien sûr. Elle était libre de disposer de moi comme elle l'entendait. Ca a pris quelques minutes. Après lesquelles il m'était impossible de faire le moindre mouvement.
_ Voilà, tu es à moi maintenant.
_ Oui Mariko.
_ Tu es entièrement à ma merci.
_ Oui Mariko.
_ Et tu n'as plus qu'à te taire.
_ Oui Mari…

Je ne terminai pas, interrompu lorsqu'elle appuya brutalement son pied sur mon crâne, enfonçant mon visage dans la moquette. Puis elle a relâché la pression pour faire quelques pas. Je gardai la face contre le sol. Je l'ai entendue prendre une boîte remplie d'aiguilles qui cliquetaient. J'ai été repris par un doute : si tout ça était réel, n'aurait-elle pas utilisé des aiguilles neuves, dans un emballage individuel aseptisé, en bonne professionnelle qu'elle était ? Elle plaça mes testicules sur une petite planchette de bois, fit rouler les glands entre ses doigts et cloua soudain la peau de mes couilles. La brûlure ne laissait aucun doute : je ne rêvais pas… Elle enfonça ainsi quatre longues épingles dorées. Mes bourses étaient cruellement fixées sur la petite planchette tandis que ma bite minable était écrasée en dessous… Etait-ce une nouvelle version de la planchette japonaise ?
Plus tard, quand elle m'a libéré, elle a nettoyé mes plaies avec de l'alcool à quatre-vingt-dix degrés. Si elle n'avait pas été assise sur moi, j'aurais sauté au plafond malgré les liens qui m'immobilisait ! Enfin, elle a établi mon arrêt maladie comme ça, assise sur mon dos, en appuyant son carnet de lettres à en-tête entre mes omoplates. Avant qu'elle s'en aille, je me prosternai et déposai un baiser sur ses bottes noires pour la remercier (j'embrassai la droite, puis la gauche).

Les indiennes
A mon retour du bureau, je notai l'absence d'Adrien. Sa disparition était le nouveau sujet des conversations : il ne venait plus et n'avait donné aucune nouvelle. Je jubilais intérieurement, en prenant bien soin de dissimuler mes sentiments. Tandis que mes collègues s'interrogeaient, je croisai le beau regard amusé de Caroline. Elle m'adressa un sourire discret qui me fit rougir de plaisir. Ce témoignage de complicité me remplit de bonheur. Mais je n'osais pas en profiter pour lui demander ce qu'elles avaient fait de lui. Jusqu'où étaient-elles allées ? Peut-être engraissait-il à présent les violettes ? Peut-être était-il enfin à sa place, enterré dans une fosse à fumier ? Finalement, je me décidai. Je me souviens bien de ce moment. C'était chez elle. Elle était assise sur son canapé tandis que je cirais ses Doc Martens, à genoux.
"Puis-je me permettre de vous demander ce que vous avez fait d'Adrien s'il vous plaît Maîtresse ? "
J'avais parlé sans la regarder, écrasé par ma propre audace, et je m'attendais à recevoir une gifle ou un coup de pied. Comme rien n'advint, je relevai la tête. Elle avait un éclat rieur et dédaigneux dans les yeux.
"Veux-tu vraiment le savoir ? "
Je courbai la nuque.
"C'est bien ce que je pensais ".
L'affaire semblait devoir s'arrêter là et je me suis dit que le destin d'Adrien resterait à jamais un mystère pour moi. Mais en demeurant au service de ces dames, j'ai pu écouter leurs conversations, enchaîné nu sous leurs pieds pendant qu'elles regardaient des dvd confortablement installées dans le salon, où en les servant lors de dîners mémorables, ou en les conduisant en voiture quand elles sortaient en boîte de nuit, à mille autres occasions encore où je fus leur larbin dévoué et heureux. J'ai peu à peu assemblé les morceaux du puzzle, résolvant progressivement l'énigme. Bien sûr, il restait des zones d'ombre, mais quand la femme d'Adrien s'est mêlée à leur bande, j'ai compris que je ne m'étais pas trompé.

Au bureau, Caroline avait mis de l'alcyon dans son café. C'est un somnifère très puissant et il avait rapidement sombré. Pour vérifier s'il dormait bien, elle lui a piqué les paumes des mains puis les joues avec son épingle à cheveux. Il n'a eu aucune réaction. D'un geste gracieux, elle a replacé la barrette dans sa belle chevelure, remontant sur son oreille délicate la jolie mèche qu'elle avait libérée. Elle a fouillé ses poches jusqu'à ce qu'elle trouve la clé pour verrouiller la porte du bureau. Elle lui a lié les mains et les pieds et l'a bâillonné avec du gros scotch. Plus tard, elle l'a mis dans un carton qu'elle a déplacé avec un chariot comme un vulgaire colis jusqu'au parking en sous-sol. Elle l'a fait glisser dans le coffre de sa propre voiture et elle a pris le volant. Elle a emmené le captif chez Lucie, qui habitait un pavillon dans une banlieue boisée avec sa mère et ses sœurs. C'était une famille de Dominatrices pures et dures. La cave était aménagée en donjon. J'imagine la joie de Lucie lorsqu'elle a ouvert la porte puis déballé le carton.
"Alors c'est lui le gros bœuf ? " a-t-elle dû lancer à la cantonade pour faire marrer la galerie et bien afficher son identité dominatrice. Elles ont laissé le minable à son triste sort, le temps de prendre un verre au salon. Il y avait là Madame Prain, Amanda, la mère de Lucie. Caroline, Lucie et ses trois sœurs : Natacha, Fanny et Savana.
A quarante printemps, Amanda Prain en paraissait dix de moins. Natacha et Savana, les jumelles, avaient 13 ans seulement, Lucie en avait 14 et Fanny 16. Elles étaient toutes plus belles les unes que les autres. Les plus jeunes étaient les plus excitées : tandis que les aînées savouraient encore un bon cocktail de fruits, Natacha et Savana avaient déjà renversé le carton afin de pouvoir manipuler leur nouveau jouet. Elles s'amusaient à le traîner sur le sol, à lui flanquer des coups de pieds, à le piétiner. Leurs rires espiègles emplissaient la pièce. Quand les plus grandes les rejoignirent, elles les trouvèrent assises sur lui, Savana à califourchon sur son visage et Natacha chevauchant son ventre. Elles se frappaient mutuellement la paume des mains dans un rituel d'indiennes qui n'appartenait qu'à elles.

Ce qu'il a l'air con !
_ Elles sont adorables, dit Caroline.
_ Merci, répondit Amanda, flattée, venant de toi qui es si belle, ça fait plaisir.
_ Si on passait aux choses sérieuses ? proposa Lucie.
Elles le roulèrent par terre en le poussant du pied, puis elles le firent glisser le long de l'escalier de bois menant à la cave en le tirant par les cheveux. Si elles avaient voulu, elles se seraient contentées de le jeter purement et simplement au bas des marches et il se serait tordu le cou au terme de sa chute, mais les femmes sont nobles et magnanimes : c'est pourquoi elles n'allèrent pas jusque là. Elles avaient cependant envie de bien s'amuser et elles décidèrent de lui faire croire qu'il pouvait leur échapper : comptant sur l'imbécillité et l'orgueil des mâles, elles allaient bien rigoler !
Elles le détachèrent et le réveillèrent en lui plongeant la tête dans une bassine d'eau glacée. Elles le maintenaient bien, à genoux, la tête au-dessus du récipient. Savana lui tordait le bras droit. Natacha lui tordait le bras gauche. Fanny avait les pieds posés derrière ses genoux pliés et elle pesait de tout son poids sur son dos. C'était elle qui commandait la manœuvre : ayant empoigné la chevelure de sa victime, elle lui enfonçait à plaisir la tête sous l'eau puis la tirait en arrière juste avant qu'il suffoque, le laissait à peine reprendre son souffle et recommençait. Assises sur un banc en face de lui, Caroline, Amanda et Lucie se délectaient du supplice. Leur beauté se teintait à présent d'un éclat sauvage. Entre deux plongeons, Adrien les fixaient d'un air incrédule et terrorisé, ne comprenant rien à ce qui lui arrivait.
_ Ce qu'il a l'air con ! lâcha royalement Madame Prain.
_ Il l'est, maman, renchérit Lucie.
_ Ca oui ! confirma Caroline.
Il haletait comme une bête prise au piège, tentant désespérément de reprendre son souffle, mais à chaque fois Fanny lui faisait boire la tasse. Elle riait comme une folle : " C'est bon ? " demandait-elle avec une ironie impitoyable. " Tu aimes ça, petit con ? " continuait-elle avec un délicieux sadisme. " Tu en veux encore ? Tu as soif ? ".
Il essayait de se débattre, mais Natacha et Savana avait bien assuré leur prise, tournant sans difficulté ses articulations en sens contraire : la pression était telle que les jointures étaient blanches. Et les filles n'avaient aucun effort à faire pour la soutenir, c'était une illustration parfaite de la suprématie de l'intelligence féminine sur la force bestiale et aveugle des hommes.
" Sais-tu quel âge ont les filles qui t'infligent cette correction ? " interrogea tranquillement Amanda.

Il la regarda mais il ne pouvait pas savoir qui elle était car il ne l'avait jamais rencontrée. Ses yeux rougis glissèrent vers Lucie qu'il ne connaissait pas non plus, puis sur Caroline.
" Caro… "
Son cri s'acheva dans un bouillonnement qui les fit rire : Fanny lui enfonçait à nouveau la tête sous la surface.
" Tu réponds quand ma mère te parle ! " cria-t-elle lorsqu'elle fit émerger à nouveau sa tête trempée et ruisselante. Elle ne plaisantait plus. Et il le sentit très bien car il obtempéra :
_ Je… Je ne sais Madame, balbutia-t-il.
_ Il est fier, le macho, ironisa Caroline.
_ Caroline, pitié, demande-leur d'arrêter s'il te plaît.
Lucie battit des mains et Caroline fit signe à Fanny de lui enfoncer à nouveau le visage sous l'eau, ce qu'elle fit aussitôt. Lucie riait aux éclats.
Adrien n'essayait plus de se dégager. Il se savait vaincu et impuissant. Il se contentait de râler comme un animal à la recherche d'oxygène chaque fois que Fanny lui en laissait le loisir. Elle le faisait par de très brefs intervalles.
" Ecoute-moi bien, gros naze, dit enfin Madame Prain, nous allons te laisser une chance de t'enfuir. Tâche d'en profiter. "
A ces mots, les trois filles le relâchèrent et s'écartèrent. De leur côté, Lucie, Caroline et Amanda s'étaient levées. A elles six, elles l'encerclaient, chacune postée à deux mètres de lui. Il tomba d'abord à quatre pattes, renversant la bassine.
" Ce qu'il est empoté ! "
Il se recroquevilla sur lui-même. Peu à peu sa respiration retrouvait un souffle normal.
" Vous allez me le payer ! " rugit-il d'une voix caverneuse. Et il fonça en avant sur Fanny, qui le renvoya prestement à terre d'un coup de pied sous le menton. Il ne put retenir un cri de détresse avant de retomber lourdement.

Une figure de danse classique
Comme il gisait là, Madame Prain susurra, provocante :
" Alors mon garçon, c'est déjà fini ? "
Il sursauta sous l'insulte et fit l'effort de se relever. Cette fois, il n'attaqua pas tout de suite. Il tourna sur lui-même mais partout il butait sur le regard d'une fille qui attendait son assaut, belle et déterminée, sûre d'elle. Son expression se troublait tandis qu'il perdait peu à peu contenance et finalement, plutôt que d'attaquer à nouveau, il implora Caroline :
_ Caroline… s'il te plaît…
_ Caroline… s'il te plaît… répéta Lucie en contrefaisant sa voix pour le ridiculiser.
Vexé, il fit volte-face pour la regarder. Il fit un pas vers elle en menaçant :
_ Toi petite conne, tu vas voir !
_ Toi petite conne, tu vas voir ! répéta-t-elle, hilare.
Elle le laissait venir, les bras croisées, pas du tout impressionnée par son agressivité ni par sa carrure de taureau. Il serrait les poings et la fixait intensément. Quand elle fut à sa portée, il lui décocha un crochet du droit mais elle l'esquiva sans problème : lui saisissant le bras, elle pivota sur elle-même pour retourner sa propre force contre lui et le renvoyer violemment d'où il venait. Il fit un vol plané et s'écrasa lourdement sur le sol. La peur lui a arraché une exclamation pendant sa chute et la douleur l'a fait gémir quand il a heurté les dalles de pierre. Il rampa un instant, tentant de se relever, puis il s'effondra face contre terre, tout près de Caroline qui posa son pied sur sa tête. Elle paradait, les mains sur les hanches. Adrien la laissait faire, exténué. Mais quand il eut repris des forces, il tenta de lui attraper la cheville, espérant profiter d'un effet de surprise. Caroline fut plus rapide : elle se mit hors de sa portée d'un gracieux pas de côté et lui décocha un retentissant coup de pied en pleine tête. Elle avait frappé de bon cœur, comme dans un ballon de football. Adrien glapit à nouveau, pitoyable. L'impact le fit rouler sur le côté. Comme il se traînait ainsi aux pieds des filles, le côté droit de son visage, là où Caroline venait de le frapper, enflait à vue d'œil. Elles le regardaient en silence, fascinées.
" Debout ! " ordonna Amanda.
Comme il était incapable d'obéir, Fanny lui shoota dans les couilles. Il hurla encore, en se recroquevillant sur lui-même.
_ Je te laisse dix secondes pour te lever comme ma mère te l'a ordonné, siffla Fanny, après j'en ferai une affaire personnelle.
_ Nooonnn… s'il vous plaît…
_ Tu ne sais pas te battre, mais tu sais geindre ! constata Natacha.
- Un, deux, trois, commença Fanny.
Adrien posa péniblement une main sur le sol, puis l'autre. Il s'appuya sur un genou et se redressa avec difficulté. Il avait du mal à tenir debout. Elles le regardèrent tanguer pendant une ou deux minutes, puis Amanda exécuta lentement un coup de pied de face, on aurait dit une figure de danse classique : du bout du pied, elle appuya légèrement sur le torse d'Adrien, qui était trop sonné pour esquisser le moindre geste de défense. Il bascula en arrière. Lucie le renvoya en sens inverse d'un coup du plat du pied dans les reins. Caroline enchaîna, puis Savana et Natacha : les filles le faisaient valser à coups de pied, chacune le frappant tour à tour avant qu'il tombe. Leurs chaussures claquaient sur sa chair qui bleuissait, virait au mauve et au noir, avec des pourtours jaunâtres autour des ecchymoses. Elles lançaient des commentaires et des plaisanteries :
_ A toi Savana !
_ Oui ! Belle frappe !
_ Aller la danseuse, lançait Fanny à l'adresse de sa victime : un peu d'entrain !
Et de le cogner de plus belle.
Il se reçut finalement sur les genoux. L'œil droit fermé par une paupière gonflus jeune de la bande et qui paraissait moins difficile à vaincre.

Il avait voulu mettre toutes les chances de son côté en s'en prenant à elle par derrière, mais elle a senti sa présence à temps. Elle s'est esquivée et lui a fait un simple croche-patte. Il s'est ramassé une fois de plus ! Savana en a profité pour s'asseoir sur son dos. Désormais à bout de force, il lui était impossible de se dégager. Alors, les filles l'ont à nouveau ligoté. Elles ont bien serré les liens pour qu'ils lui rentrent dans la chair et lui fassent mal.

Une invitée surprise… et surprenante !
_ Tu dînes avec nous bien sûr ? proposa Amanda à Caroline.
_ Ma foi, je n'ai rien de prévu… Et ca me ferait plaisir.
_ On peut jouer encore avec lui ? demandèrent en cœur Savana et Natacha.
_ Bien sûr mes chéries, faites-en ce que vous voudrez : il est à vous.
_ On pourrait aussi inviter quelqu'un d'autre, suggéra Lucie.
_ A qui tu penses ?
_ Tu ne devines pas ?
Caroline et Amanda regardaient Lucie d'un air interrogateur.
_ Une certaine personne… précisa celle-ci.
_ Oh ! s'exclama soudain Amanda.
_ Ah ! renchérit Caroline.
_ Excellente idée ! conclurent-elles toutes les deux en même temps.
_ Tu appelles ?
_ Mieux encore : on va le laisser appeler.
_ Oui, évidemment, quelle honte ce sera pour lui, j'en suis toute émoustillée rien que d'y penser… Mais il est sonné et je n'ai pas envie d'attendre.
_ Et puis si tu lui laisses le téléphone, il va en profiter pour appeler au secours.
_ Il va appeler sa mère !
A cette réplique, elles rirent de bon cœur. Puis, Lucie expliqua son plan :
_ Un coup d'ammoniac sous le nez pour le réveiller. Ensuite, je lui tordrai le bras et il aura si mal et si peur que je le lui casse qu'il se tiendra bien sage. Ce n'est pas le premier mec que j'aurai soumis ainsi. Il appellera nu, à genoux et le bras tordu, à mes pieds. Un point c'est tout.
_ J'ai hâte de voir ça !
_ On y va alors ?
Aussitôt dit, aussitôt fait.
La femme d'Adrien regardait un dvd de Xena la guerrière lorsque son téléphone sonna. Emportée par l'aventure de l'impitoyable amazone, elle n'avait pas fait attention à l'heure et n'avait pas remarqué l'absence de son mari, qu'elle n'aimait plus depuis longtemps.
_ C'est toi, dit-elle sèchement dans le combiné, qu'est-ce que tu veux ?
_ J'ai… Je hmmm… je t'ai prépa… préparé une surprise…
_ Tu n'as pas l'air bien.
_ Si si tout va bien.
A l'autre bout du fil, les filles eurent du mal à se retenir de rire. Lucie resserra sa prise et Adrien parvint de justesse à ne pas hurler de douleur. Il avait envie de la supplier d'arrêter, mais sa femme aurait entendu. Sa seule issue était de la convaincre au plus vite pour que la conversation s'achève et que Lucie le relâche…
_ Virginie, s'il te plaît mon Amour, viens… je vais te donner une adresse, ce sera bien, viens en taxi, je t'attends.
_ Mon Amour !? Dans tes rêves ! Il y a bien longtemps que je n'éprouve plus rien pour toi et tu le sais. Si tu crois que je vais me déplacer, tu te trompes totalement : je préfère voir Xena mettre des raclées à des types dans ton genre. Comment ai-je pu épouser un imbécile comme toi !
Cette fois, les filles s'esclaffèrent !
_ Qui est là ? interrogea Virginie.
_ Je… je ne sais pas si je peux te le dire…
_ Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
Amanda intervint.
_ Bonsoir Virginie. Nous ne nous connaissons pas, mais si vous le voulez nous pouvons nous rencontrer. Nous sommes une bande de filles et nous mettons à mal votre mari en ce moment même. Il est en très mauvaise posture et nous nous demandions si vous aimeriez participer à nos petites réjouissances ?
_ Il est en très mauvaise posture ?
_ Pitié Virginie, s'écria-t-il soudain, fais quelque chose !
Mais Lucie le réduisit immédiatement au silence en accentuant la torsion qu'elle infligeait à son bras : Adrien fut violemment plié en deux et il heurta le sol du front en criant.

_ Vous avez l'air de lui faire très mal, constata calmement Virginie.
_ En effet, je vous le confirme.
_ C'est quelque chose que j'ai envie de faire depuis longtemps, moi aussi.
_ Je vous avoue que je ne m'attendais pas à ça, répondit Amanda. Nous l'avons beaucoup humilié ce soir et je pensais le plonger dans une avanie plus grande encore grâce à votre présence. Mais je ne savais pas que vous étiez dans cet état d'esprit…
_ Nous sommes donc aussi surprises l'une que l'autre. En ce qui me concerne, c'est une surprise agréable.
_ Alors vous venez ?
_ Bien sûr.
Tandis qu'Amanda lui dictait l'adresse, Virginie entendit encore son mari sangloter et demander grâce à Lucie, qui lui répondait en l'insultant :
_ Pourquoi j'arrêterais connard ? Parce que t'as mal ?
_ Oui Mademoiselle…
_ C'est mal me connaître, bouffon.
Toute excitée, Virginie promit d'arriver au plus vite.

Virginie
Vingt minutes plus tard, elle découvrit son mari nu, à plat ventre, en train de lécher les pieds d'une gamine de treize ans.
_ Bonjour, la salua celle-ci d'un air goguenard, je m'appelle Savana. Et vous ?
_ Virginie.
_ Vous êtes l'épouse de cette chose, là ? interrogea Savana en désignant Adrien d'un hochement de tête, avec une moue méprisante.
_ Hélas, oui… Je peux le frapper ?
_ Ne vous gênez pas : c'est votre homme.
_ Plus pour longtemps.
Pour commencer, Virginie lui flanqua un coup de pied dans la hanche droite.
_ Aïe !
_ Ta gueule !
Elle monta debout sur lui et le piétina. Elle tournait lentement sur elle-même en l'écrasant bien. Elle le faisait souffrir et il avait du mal à tenir en place, mais il restait néanmoins docile et continuait de lécher le pied nu de la petite, qui le regardait faire, hypnotisée.
_ On ne m'a jamais léché les pieds, c'est agréable ? demanda Virginie.
_ Personnellement, j'adore ça, répondit Savana. Vous voulez essayer ?
_ Tout à l'heure…
Elle prit un autre ton pour s'adresser à son mari :
_ Tu as entendu sale rat ? Tu me lècheras les pieds !
_ Oui Virginie.
_ Et si j'aime ça, tu le feras tous les jours.
_ Oui Virginie.
_ Quand je rentrerai du boulot, je te sifflerai comme un chien et tu viendras à quatre pattes pour me déchausser. Tu m'apporteras mes chaussons en les tenant dans ta gueule.
_ Oui Virginie.


_ Alors, tu vas encore la ramener ?
_ Non Virginie.
_ Qui est la plus forte maintenant ?
_ C'est toi Virginie.
_ Vous apprenez vite, constata Savana.
_ Lui aussi.
_ Mais il faut lui expliquer longtemps.
_ Qui est-ce qui commande ?
_ C'est toi Virginie.
_ A partir de maintenant, tu feras tout ce que je veux.
_ Oui Virginie.
_ A commencer par signer les papiers du divorce, à tes torts.
_ Oh non…
_ Comment ?!
_ Je t'aime Virginie !
_ Dommage pour toi.
_ On peut l'obliger à signer, vous savez.
_ Ce bâtard ne voulait pas qu'on se sépare et ça faisait longtemps que je voulais le coincer.
_ Je crois que c'est la fin de vos problèmes.
_ Et le début des siens, conclut Virginie avec un grand sourire radieux qui illumina son beau visage.
Adrien termina la nuit enchaîné nu à un mur dans un angle de la cave. La hauteur de l'anneau l'obligeait à se tenir à genoux. Ses mains et ses pieds étaient menottés. Son cou était emprisonné dans un lourd collier de fer. Les filles avaient laissé près de lui un seau pour qu'il fasse ses besoins (avec l'intention de le lui faire nettoyer le lendemain) et une écuelle avec un peu d'eau. Pour boire, il était obligé de s'incliner à ras du sol.
Le jour qui suivit fut normal… pour les filles : Caroline alla au bureau, Amanda se rendit au dojo où elle enseignait le karaté (elle en était propriétaire et elle avait créé une petite société pour l'exploiter), ses filles se rendirent au collège et au lycée. Quant à Virginie, elle prit rendez-vous avec un avocat. Adrien, lui, attendit péniblement au sous-sol, ruminant sa déchéance, torturé par les courbatures et les crampes, rongé par la honte et par la peur. Il était définitivement dompté et prêt à tout accepter. Il était également accablé de chagrin et d'angoisse à l'idée de perdre Virginie.
Son calvaire recommença de plus belle lorsque Savana et Natacha rentrèrent, après leur dernier cours, à seize heures. Elles avaient eu deux heures de sport et, ayant dû faire un footing, elles avaient fait exprès de marcher dans des flaques de boue pour salir leurs chaussures (elles s'étaient mises en tennis dès le matin pour ne pas avoir à changer). Elles obligèrent l'homme vaincu à les nettoyer avec sa langue. Elles furent exigeantes et il dut les lécher abondamment et sous tous les angles (y compris les semelles) afin qu'elles redeviennent toutes propres. Comme elles les avaient gardées aux pieds, il s'est prosterné bien humblement pour s'exécuter. Cette petite toilette a duré une bonne demi-heure. Tantôt les filles s'agrippaient l'une à l'autre pour garder leur équilibre tandis qu'elles lui tendaient les pieds, tantôt l'une passait son tour, assise sur le dos d'Adrien. Natacha en profita pour lui flanquer une fessée et Savana pour le griffer, le pincer, le gifler et lui tirer les cheveux. Elles examinèrent son nez, qui ne saignait plus (il avait en revanche toujours un énorme cocard qui mettrait longtemps à disparaître), elles en nettoyèrent la croûte pour que l'air puisse passer plus facilement et surtout pour qu'il ne salisse pas l'intérieur du soulier malodorant qu'elles avaient l'intention de l'obliger à respirer. Elles lui obstruèrent la bouche avec leurs chaussettes imbibées de transpiration et avec un large ruban adhésif afin de le contraindre à n'utiliser que ses narines : ainsi, il ne pourrait pas échapper aux remugles répugnants qui émanaient de la chaussure de sport. Enfin, elles la plaquèrent sur son visage et l'attachèrent à sa tête.
" Inspire bien à fond connard ! " ordonnèrent-elles.
Il obéit, à genoux, enchaîné nu devant elles qui se tenaient debout, emplissant bien ses poumons pour leur témoigner sa totale soumission. L'air vicié, humide et lourd qui rentrait ainsi dans son corps le dégoûtait profondément, mais il redoutait désormais tellement les deux pestes délicieuses qu'il n'osait plus s'opposer à leur volonté.

L'âme servile et sale
Lorsque je vais dans le centre de Paris, je prends le métro pour éviter de chercher pendant des heures une place où garer ma voiture. Durant ces trajets, je prends plaisir à regarder discrètement les pieds des femmes. J'admire leurs bottes en hiver et leur sandalettes d'été : les lanières, les boucles, les lacets… J'ai l'air de rêvasser, le regard vers le sol et ces Déesses soupçonnent rarement mon minable manège. Je songe à une improbable rencontre : si une femme aimant faire ramper les hommes remarquait mon regard fixe et qu'elle décide immédiatement de m'écraser sous ses semelles ? Je divaguais donc, contemplant un pied féminin glissé dans une chaussure découverte rouge, l'ourlet du pantalon noir et _ô délice_ un léger bracelet d'or parant la cheville ! Penché en avant, j'envisageai de mettre à profit la prochaine secousse de la rame pour tomber à genoux et précipiter mon visage à ras du sol, tout près du ravissant soulier. Je n'aurais eu qu'à tendre la main pour le caresser. J'en humais l'odeur et je bandais furieusement. Les fragrances s'infiltraient dans mes narines. Elles étaient fortes. Intenses. Tout à ma jouissance, je mis du temps à m'apercevoir qu'elles n'émanaient pas de la source sublime que je couvais du regard mais… d'un clochard crasseux assis à deux pas de moi ! Dégoûté, je m'éloignai autant que possible de ce répugnant personnage en essayant de ne pas perdre de vue le pied merveilleusement chaussé. Mais je n'arrivais plus à me plonger dans mes mirages. Je n'arrivais pas à faire abstraction de la présence du SDF. Et pour comble de malheur, la jeune femme descendit à la station suivante. Je tordis le cou pour suivre encore pendant de précieuses secondes les mouvements gracieux et excitants de ses pieds et de ses chevilles pendant qu'elle marchait. J'aurais voulu la suivre à plat ventre, l'œil rivé sur ses talons. Au lieu de ça, je restai à ma place comme un abruti (que je suis), à côté d'une loque humaine. Je me dis qu'au fond, ce type était à l'image de ce que je dissimulais derrière mes airs d'homme normal et anonyme : j'avais l'âme servile et sale, j'étais assoiffé d'humiliation et mon plus grand bonheur était d'être roulé à coups de pieds dans la crasse par une jolie fille. Ma volupté était celle du cochon qui barbotte dans sa fange. Seule l'apparence me différenciait du déchet vivant qui se tenait là. Je pensais ensuite que seuls les hommes se laissent aller aussi bas. Les femmes sont plus fortes et toutes nos veuleries ne sauraient les amener à de telles extrémités. Elles, au contraire, n'ont guère à se donner beaucoup de peine pour nous faire tomber et lécher le sol devant elles comme les vers de terre que nous sommes. Ainsi l'ont-elles fait pour Adrien. Je l'enviais presque. Une telle raclée ! Définitive (je pensais à son sexe cadenassé et à sa vie brisée, enfouie pour toujours dans l'indignité). Arrivé à destination, je me levai machinalement. J'avançai sur le quai avec la tête dans les nuages, imaginant un ciel de semelles féminines. Distrait, je heurtai sans le faire exprès une belle adolescente. D'un prompt réflexe, elle passa son bras autour de mon cou et me plia en deux. Elle me serrait contre sa hanche tout en m'étranglant. Je sentais son parfum, je voyais le bas de sa jupe à fleurs aux couleurs vives, ses genoux, ses jambes et le bout de ses petites chaussures en toile orange.
" Tu m'as bousculé, fumier ! "

Les rires féminins qui fusaient partout autour de moi me firent comprendre qu'elle n'était pas seule. Elle allait sûrement vouloir épater ses copines et j'allais faire les frais de ses exploits. Comme je ne répondais pas, elle resserra sa prise. Son avant-bras fin et ferme me rentrait dans la gorge. Pris par la panique, je voulus lui demander pardon, mais je ne parvins qu'à émettre un chuintement qu'elle n'entendit même pas. Le sang me montait à la tête. Elle me traîna ainsi accroché à elle à travers plusieurs couloirs. J'avais du mal à mettre un pied devant l'autre. L'idée me vint de lui faire un croche-patte pour tenter de me libérer, mais si je loupais mon coup, je risquais de la mettre en colère et de me faire démolir alors qu'elle voulait peut-être seulement m'humilier et s'amuser. J'abandonnai donc toute résistance, tétanisé par la peur et aussi, je l'avoue, par le désir de subir sa loi. Nous prîmes un escalator. Durant la montée, l'une de ses amies joua du tam-tam sur mes fesses. Et quand nous arrivâmes à la surface, elle clôtura son petit concert en me flanquant un coup de pied dans le cul. J'en reçus beaucoup d'autres pendant que les filles arpentaient les galeries du Forum des Halles où elles allèrent faire les magasins, sans me lâcher, m'obligeant à les suivre péniblement, cassé en deux, aux crochets de l'une d'entre elles, comme un petit toutou bien docile. Du coin de l'œil, je pouvais parfois moi aussi apercevoir les étalages, mais j'étais surtout intéressé par la perspective merveilleuse que m'imposait celle qui me terrassait, l'ourlet, la pointe des pieds… Un homme normal aurait baissé les paupières et tenté de penser à autre chose en attendant que celle qui l'immobilisait se décide à le relâcher. Au contraire, je voulais graver chaque seconde dans ma mémoire pour pouvoir m'en repasser le film plus tard, lorsqu'elle m'abandonnerait à mon triste sort de petit maso minable. C'est pourquoi je ne détournais pas le regard, même lorsqu'elle s'arrêta devant une vitrine de chaussures féminines (je crois que c'était une boutique André, ou peut-être Eram). Pourtant, j'aimais flâner moi aussi dans ce type de commerces, regarder les collections destinées à parer les pieds de mes idoles, caresser furtivement les modèles, glisser mes doigts à l'intérieur ou en-dessous… Mais cette fois, j'avais beaucoup mieux à voir et beaucoup mieux à vivre !

Lydia
Toutes à leur shopping, les filles m'oubliaient par moments, me laissant un peu de répit. Puis elles se souvenaient de ma présence soumise et silencieuse et m'abreuvaient aussitôt de quolibets, d'injures et de nouveaux coups. En les écoutant, je compris que celle qui me tenait à sa merci par cette prise de lutte se prénommait Lydia. Je n'entendais pas tout mais je savourais le son de leurs voix et les railleries qu'elles m'adressaient. Soudain, Lydia s'est exclamée sur un ton de défi :
" Chiche ?! "
Repliant une jambe en arrière, elle retira une botte avec sa main libre. Pendant ce temps, elle était en équilibre instable et s'appuyait sur moi, mais je n'ai pas osé en profiter. Quelques secondes après, elle reposa son pied nu sur le sol (j'eus le temps d'apercevoir ses orteils et ses ongles sales) et plaqua sa chaussette sur mon nez. C'était une chaussette en laine grise, épaisse, imbibée de transpiration. Les fibres usées s'étaient adoucies avec le temps. Tandis qu'elle riait aux éclats, j'essayais de respirer à fond pour bien imprégner mes narines de cette odeur. Elle ne s'imaginait certainement pas qu'elle me procurait autant de plaisir. Elle avait conscience de me faire mal et cela lui plaisait, mais elle ignorait que j'aimais ça. Je n'ai pas osé lui demander de continuer lorsqu'elle a arrêté, hélas… Elle me libéra aussi brutalement qu'elle m'avait bouclé sous son bras et me somma de dégager. J'étais resté si longtemps plié en deux avec le cou tordu que j'avais du mal à me redresser. Et puis, j'hésitais à partir. Je me disais que si je faisais semblant de vouloir l'attaquer pour me venger, Lydia allait peut-être m'infliger une nouvelle prise… J'en avais envie, mais je redoutais aussi qu'elle me fasse cette fois vraiment mal : le mieux était peut-être de s'agenouiller, de lui révéler ma véritable nature et de lui en demander encore ?
_ Tu prends racine ou quoi, vieux dégueulasse ? Je t'ai dit de gicler !
_ Je dois vous dire…
Mais je n'ai pas eu le temps de finir : elle m'a retourné une beigne qui m'a fait tomber en arrière, sur le dos. Lydia a posé un pied sur ma poitrine et m'a toisé d'un air hautain et menaçant.
_ T'en veux encore, peut-être ?
_ Oui, s'il vous plaît…
Elle a cru que je me moquais d'elle et m'a flanqué un coup de pied dans les couilles.
_ Et maintenant, a-t-elle repris tandis que je me tortillais à terre en gémissant, t'as ta dose ?
Le souffle coupé, j'étais incapable de lui répondre.
" Connard ! " dit-elle finalement avant de s'éloigner avec ses amies.
Je voulais lui crier de revenir, mais je n'avais plus de voix. Je voulais les suivre pour qu'elles s'en prennent à nouveau à moi, mais toute force m'avait déserté. Quand j'ai commencé à récupérer et que j'ai pu m'agenouiller, elles étaient parties depuis longtemps. Déçu, j'errai dans les couloirs désormais déserts du centre commercial. Encore troublé et fatigué, je ne retrouvais pas mon chemin. Finalement, je décidai de faire une petite pause et je m'effondrai sur un banc. Il était tard et toutes les boutiques étaient fermées. En face de moi, derrière la grille de fer qui protégeait la devanture d'une échoppe de prêt-à-porter, je remarquai soudain un mannequin plus vrai que nature. Avec son pantalon de cuir, ses chaussures fermées, son blouson au col remonté, ses gants en daim, sa perruque aux longs cheveux noirs et ses lunettes de soleil, la statue ressemblait à s'y méprendre à une véritable femme. Je la contemplais, fasciné. Puis, comme un serpent hypnotisé, je me laissais glisser sur le sol et rampais jusqu'à heurter du front les barreaux de métal. Là, à quelques centimètres de moi, je pouvais admirer les chaussures inaccessibles.
" Je vous aime ".

Je recommençais à délirer.
" O Femmes sublimes et merveilleuses, je suis né pour vous adorer et pour vous servir ! "
Ma voix rauque résonnait dans la galerie.
" Par pitié Maîtresse, battez-moi, battez-moi, battez-moi… "
Mais j'étais seul dans cette impasse et l'idole demeura indifférente à mes supplications.
Je n'ai trouvé la force de me relever qu'en me promettant de revenir dans le quartier le lendemain, dans l'espoir de retrouver Lydia et sa bande. Ce fut peine perdue, hélas. Et, lassé d'errer inutilement, j'entrai dans un magasin de chaussures de femmes pour regarder les souliers et les toucher. Comme je m'étais couché tard, que j'avais été battu la veille par Lydia et que je venais de passer plusieurs heures à traîner à sa recherche, j'étais fatigué et j'ai relâché ma garde. J'ai sans doute un peu trop caressé les belles chaussures car la vendeuse a fini par m'interpeller tandis que j'appliquai la paume de la main sur une jolie sandalette en cuir noir.
_ On peut savoir ce que vous faîtes ?
_ Pardon ?
L'heure de la fermeture approchait et nous étions seuls dans le magasin.
_ Ca fait une heure que vous reluquez mes pompes. Vous avez un problème ?

Selina
Elle n'était pas très grande. Peut-être un mètre soixante. Fine. Un corps de chatte, de ballerine, de joli petit rat d'opéra, un jean marron, une ceinture noire, un tee-shirt jaune abeille et de beaux cheveux châtains et fins coiffés en une longue natte. Elle fixait sur moi ses yeux bruns. Elle devait lever son beau visage pour me voir, mais ça ne lui donnait pas du tout l'air soumis. Au contraire, la vitalité et l'énergie de son regard en étaient d'autant plus frappantes.
_ Je vous ai posé une question.
Revenant à moi, je décidai de tenter ma chance.
_ J'aime les chaussures de femmes, je voudrais vous baiser les pieds.
_ Je m'en doutais, siffla-t-elle d'un air faussement excédé qui me laissait espérer.
Elle jeta un regard sur le magasin désert et m'indiqua la réserve d'un geste négligent du pouce.
_ Aller ouste ! dit-elle. File dans ton trou avant que je change d'avis !
Je pris la direction qu'elle m'indiquait et pénétrait dans la remise. Le cœur battant, au milieu des étagères remplies de boîtes à chaussures empilées les unes sur les autres, j'avançai jusqu'au mur du fond et je me laissai tomber à genoux, guettant son arrivée avec un mélange de crainte et d'impatience.
_ Et bien ! Tu ne perds pas de temps ! me dit-elle quand elle me trouva dans cette position. Elle me rejoignit tranquillement, jusqu'à venir se planter devant moi, debout. Maintenant, c'était moi qui devais pencher la tête pour la regarder. Elle me toisait, les poings sur les hanches. Je ne me retenais plus et je la contemplais avec émerveillement et idolâtrie. Elle prit un petit air ironique, amusé et hautain. Je bandais déjà intensément. Elle fit durer ce moment. On ne disait rien l'un et l'autre, mais tout était dit. Le rapport de force pesait sur mes épaules. C'était comme si elle m'avait tenu en laisse. Finalement, elle a glissé son pied droit vers moi. Sa semelle a râpé délicieusement le sol en ciment. Elle portait des chaussures plates, découvertes, simples et classiques, au bout rond. C'était du plastique jaune. Ma langue glissait bien dessus. Je n'avais rien remarqué d'abord, mais maintenant que mes narines effleuraient son pied, j'en sentais l'odeur.
" Tu peux lécher mon pied aussi ".
Aussitôt dit, aussitôt fait. Sa peau était douce et salée. Je la goûtais consciencieusement, m'appliquant à honorer cette jeune divinité comme je le devais. Ses orteils m'étaient inaccessibles hélas, mais je savourais tout le dessus du pied, jusqu'à la cheville que j'embrassais en glissant mes lèvres sous l'ourlet du jean, un peu effiloché. Je tentais vainement d'introduire ma langue entre la chaussure et le talon. Puis je redescendais jusqu'à la pointe du soulier et reprenais mes caresses linguales par le début, avec minutie. Elle me laissa refaire toute cette manœuvre une bonne dizaine de fois avant de me tendre l'autre pied.
" L'autre aussi " dit-elle d'une voix rauque où perçait le plaisir.
Recroquevillé sur le sol, prosterné, les mains bien à plat près de ses souliers, j'initiai le même rituel sur son autre pied, en commençant par le bout de la chaussure. Cette fois, quand j'arrivais en haut, j'embrassai également le bas de son pantalon, je le prenais entre mes lèvres. Elle me laissait faire, encore et encore…
Puis elle pivota. Je voyais maintenant l'arrière des chaussures, la couture verticale sur le talon. J'ai cru qu'elle voulait que je les lèche également, mais elle a relevé un pied, me présentant le dessous en élastomère noir.
" La semelle maintenant, lèche la semelle, chien, lèche mes semelles ! ".
La texture était un peu râpeuse, avec un goût de poussière et de caoutchouc.

J'avalais quelques graviers de terre. J'embrassai le cigle 36 qui marquait la pointure. Je trouvai une tache douteuse vers le bas et m'appliquai à bien la nettoyer. C'était collant. Ce devait être un résidu de chewing-gum, de cendres de cigarettes et d'autres crasses.
_ Comment tu t'appelles ?  me demanda-t-elle.
_ Larve, connard, imbécile… Elle appuyait sur mon visage et j'avais un peu de mal à parler, surtout que je n'arrêtais pas de lécher.
_ C'est vrai ? C'est ton nom ?
_ Je n'ai pas de nom Maîtresse, les filles m'appellent " hep là ! ", " Ici ! ", " Ramène ta fraise ", " Toi là-bas "…
_ C'est vrai ?
_ Elle ne m'appelle même pas Maîtresse, elles me sifflent et j'accours à quatre pattes, ou en rampant, servile.
_ Elles ont raison.
_ Oui, oui Maîtresse, elles ont raison.
_ Moi, je t'appellerai comme ça, " Servile ", tu es d'accord hein ? Tu aimeras ça hein ?
_ Oui Maîtresse, oui Maîtresse !
_ L'autre semelle maintenant, Servile.
Je poursuivis mon travail de lavage. D'abord terne et sale, la surface noire bientôt recouverte de bave ne tarda pas à briller, mais la demoiselle n'ôtait pas son pied pour autant et je continuais à lécher. Ma nuque devenait douloureuse et je faiblissais. Au-delà du plaisir, je commençais à sentir poindre la souffrance, mais je ne voulais pas m'arrêter. C'était un nouveau moment merveilleux qu'il ne fallait pas gâcher. Et d'ailleurs, il fallait obéir ! Je n'avais donc pas le choix. Enfin, elle s'assit sur mon dos, serra mon cou entre ses chevilles et appuya une main sur mon crâne pour plaquer mon visage sur ses pieds.
" Respire, dit-elle : je veux sentir ton souffle chaud ".
J'inspirais lentement par le nez, savourant l'odeur, gonflant mes poumons, puis j'expirai avec la même douceur. Une fois, deux fois, trois fois…
Elle tira mes cheveux pour me dégager, ôta sa chaussure droite en s'aidant de son pied gauche, la glissa devant moi et, posant son pied nu sur ma tête, elle m'écrasa contre la chaussure, enfonçant mon nez à l'intérieur, là où l'arôme était intense.
_ Respire encore, ordonna-t-elle, respire bien l'odeur, tu aimes ? Tu aimes ça hein Servile ? Tu aimes ça ?
_ O oui Maîtresse… fis-je, haletant.
_ Ne m'appelle pas Maîtresse, appelle-moi Selina.
_ Oui Selina.

Supérieure !
On dit qu'un bienfait ne reste jamais longtemps impuni. Peut-on en déduire qu'un méfait est toujours rapidement récompensé ? La disparition d'Adrien a profité à Caroline, qui a été promue cadre et qui a désormais tout l'étage sous sa responsabilité. Indirectement, c'est aussi mon travail qui a été reconnu puisque c'est moi qui me coltinait tous ses dossiers… Mais ce qui me fait vraiment plaisir, c'est qu'elle est devenue ma supérieure hiérarchique. Ma supérieure ! Pour de vrai !
Elle a emménagé dans un bureau spacieux, qu'elle occupe seule. Elle a fait installer une cloison afin de créer une minuscule pièce attenante dans laquelle elle m'a parqué après m'avoir nommé son secrétaire personnel. Les deux locaux communiquent et elle peut me siffler quand elle veut pour que je vienne lui lécher les pieds, sous le beau pupitre en noyer. Je lui prépare le café chaque matin et je reçois une claque retentissante s'il n'est pas à son goût. Je la soupçonne de me gifler même quand elle est satisfaite du breuvage. C'est son droit. Et puisque ça l'amuse, elle aurait tort de s'en priver. Renvoyé tout penaud dans mon réduit, j'essaye de ne pas en sortir avant que la marque de ses doigts sur ma joue se soit atténuée et ne soit plus trop flagrante. Mais l'autre jour, j'ai du aller lui chercher un document aux archives et j'ai croisé Sylvie dans le couloir. Elle a pris l'ascenseur avec moi.
_ Elle ne rigole pas, ta patronne m'a-t-elle dit avec un sourire ironique et en me dévisageant effrontément.
_ Elle a raison, ai-je répondu en baissant la tête.
_ Ah oui ? Ne me dis pas que tu aimes ça ?
Elle avait l'air de plus en plus amusé. Je n'osais rien ajouter. Elle est descendue avant moi. Quand les portes se sont refermées, elle m'a lancé :
_ J'y crois pas, à ça !
Et tandis que l'ascenseur m'emportait vers les sous-sols, je l'ai entendue rire à gorge déployée. Ah, les filles ! Mais je n'avais pas le temps de rêver : il fallait retrouver ce vieux contrat et l'apporter à Caroline. Quand je le lui ai remis, elle était au téléphone. Elle m'a fait signe de m'agenouiller. Ce que j'ai fait, bien sûr. J'attendais prosterné, en silence, pendant qu'elle jacassait avec une autre pipelette. C'était bon d'être à sa disposition. J'étais content. Je l'aurais été encore plus si cela avait duré toute la journée. D'autant plus qu'elle s'est mise à me caresser les cheveux. J'avais du mal à me retenir de lui baiser la main. Puis elle les a empoignés et les a tirés, me plongeant vers le sol, jusqu'à plaquer mon front sur la moquette. Elle a posé sa semelle sur ma tête et elle a raccroché le combiné, mais elle a composé un nouveau numéro immédiatement.

" Paul, dans mon bureau ! " a-t-elle ordonné d'un ton sec.
Je me demandais ce qu'elle avait en tête. Paul est un jeune stagiaire en poste depuis quelques mois déjà. Avant qu'il arrive, Caroline m'a coincé sous le meuble, à coups de pied. J'y étais bien dissimulé, mais à l'étroit et sous ses chaussures dont les hauts talons s'enfonçaient dans mon dos.
_ Bonjour Madame.
_ Que vous arrive-t-il Paul ? Votre compte-rendu est d'une rare médiocrité.
Je l'entendais tourner vivement des pages tandis qu'elle parlait.
_ Je suis très déçue. Ce n'est ni fait ni à faire !
_ Ce n'est pas bien ? bégaya-t-il.
_ Vous osez poser la question ?
_ Je… Je ne sais pas…
_ Et bien moi je sais, mon petit. Je vous prenais pour un garçon sérieux.
Elle appuya du pied sur ma colonne vertébrale et sur ma nuque. Je serrais les dents pour ne pas gémir.
_ Je ne peux pas vous garder, Paul.
_ Je…
_ Assez ! Pas un mot de plus. Vous m'avez fait perdre trop de temps déjà. Taisez-vous et sortez. Ayez au moins cette dignité !
_ Bien Madame.
J'entendis le cliquetis discret du pêne quand il referma délicatement la porte derrière lui.
_ Les hommes, quelle engeance, a-t-elle sifflé : pas un pour rattraper l'autre !

Marie-Claire Restoux
J'arrive avant Caroline le matin et je vérifie que son bureau a été bien nettoyé par l'équipe sanitaire. Je me charge des finitions pour que tout soit bien propre. J'astique par exemple son écran jusqu'à ce qu'il étincelle. Lundi dernier, j'ai ainsi découvert qu'elle avait accroché au mur une photo dédicacée de Marie-Claire Restoux en kimono de judo et ceinture noire. Mon cœur et ma queue ont fait le même bond ! Je me souvenais parfaitement de sa médaille d'or aux Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996 et de ses deux titres de championne du monde en 1995 et 1997 (dans la catégorie des moins de cinquante kilos). Je l'avais découverte par un reportage télévisé sur une chaîne nationale. Elle arrivait sur le tatami, pieds nus, en tenue de judoka, coiffée d'une longue natte. Petite, gracieuse, jolie à croquer… et hop, en deux secondes, elle s'asseyait sur son adversaire, l'empêchait de bouger, la maintenait plaquée au sol. La victime essayait de se débattre, avant de se résigner et d'attendre que la jeune femme indomptable daigne la libérer. Dès lors, j'avais surveillé sa carrière de près et j'avais fait les déplacements pour la voir combattre. La seule chose qui me déplaisait dans les compétitions auxquelles j'ai ainsi assistées est que les filles s'affrontaient entre elles : j'aurais tant aimé qu'elles malmènent des hommes. Je m'y serais bien vu moi-même, le dos sous leurs fesses et la nuque sous leurs pieds, les bras tordus en arrière, obligé de supplier, d'implorer, d'embrasser le tapis à pleines lèvres pour témoigner de ma soumission. Je m'offrais des places un peu chères pour être au premier rang : j'aimais mieux sacrifier le fruit de mon travail sur l'autel de la gloire féminine que sur celui de l'église. Je l'ai suivie ainsi dans toutes les salles où elle s'est produite. A la fin du spectacle, j'allais attendre à la sortie des vestiaires pour l'admirer dans ses vêtements de ville. Je dois bien reconnaître que je n'aimais pas tellement ses habits. J'aurais préféré qu'elle porte des pantalons et des vestes en jean, une jupe courte et un blouson de cuir, des tee-shirts, de belles ceintures, de petites chaussures, des bottes, des sandalettes pieds nus… mais c'était quand même elle et j'étais content de la contempler, de pouvoir m'approcher à quelques mètres tout en restant dans l'anonymat. La tentation était forte d'aller lui demander un autographe afin de pouvoir la regarder droit dans les yeux ne fusse qu'un instant, mais j'étais paralysé par sa beauté et par son statut d'athlète de haut niveau dans une discipline qui se fondait si bien avec mes fantasmes les plus intimes. Elle passait à côté de mon regard de chien triste et solitaire, adulée par ses fans. Elle enfourchait gracieusement sa moto noire, cet énorme monstre de métal, casque sous le bras, puis sur la tête, un dernier signe de la main aux admirateurs fascinés, le pied sur la pédale, le rugissement du moteur et ma délicieuse amazone filait à toute allure.
Sur le chemin du retour, transi d'amour, je me promettais de lui parler la prochaine fois. Ou de la suivre à la sortie d'un de ses entraînements et de l'attaquer dès qu'elle serait seule, pour qu'elle m'inflige une raclée. Je projetais de lui écrire. Je ne suis jamais passé à l'acte. Sans doute parce que je voulais avant tout qu'elle demeure une idole, une divinité que je puisse aduler dans le secret de ma petite existence minable.

Mais le désir d'humiliation qu'elle m'inspirait me dévorait et je me suis lancé dans la quête de substituts. Je me suis donc inscrit à de nombreux cours de judo et d'aïkido, à la recherche de quelques belles élèves qui pourraient me botter le cul et me faire mordre la poussière.

Fabienne
C'est ainsi que j'ai rencontré Fabienne, dans un club de la Gare du Nord où il n'y avait que trois adhérentes pour 99,99% d'hommes. Je l'aurais donc remarquée d'emblée même si elle n'avait pas été belle, mais elle l'était ! Oui, elle était vraiment délicieuse dans son kimono blanc avec sa ceinture orange. Ce n'était que le deuxième grade, après la couleur jaune, et je me disais qu'elle ne pourrait pas me faire très mal. J'étais donc assez tranquille : je pensais pouvoir faire ce qu'il fallait pour la pousser à m'humilier sans me mettre vraiment en danger. J'essayais de ne pas trop la regarder pour ne pas me trahir et je m'efforçais d'avoir l'air de suivre la leçon, mais j'attendais impatiemment qu'on passe aux exercices ou aux combats avec l'intention de m'arranger pour être son partenaire. J'étais juste dernière elle quand le professeur a claqué des mains pour signaler qu'il fallait trouver son adversaire. J'ai fondu sur elle. Elle m'a regardé de bas en haut et, avant que je réalise ce qui se passe, elle m'a saisi par le bras et m'a fait basculer par-dessus son épaule. Mais elle ne m'a pas lâché quand je suis tombé. Elle s'est assise sur moi et elle continué de me tordre le bras. Je ne pouvais plus bouger et j'avais mal. Sûre d'elle, elle me dévisageait maintenant avec un sourire amusé.
_ Tu n'arrives pas à te dégager ? me demanda-t-elle.
_ Non.
J'essayais de faire bonne figure et de ne pas trop grimacer. Mais le faux air d'assurance que je me donnais a dû lui déplaire car elle a brutalement accentué sa prise. Un vif élancement m'a parcouru l'omoplate et la colonne vertébrale, jusqu'au bas des reins. Et j'ai crié.
" Aïeeee !!!! "
Elle a appuyé immédiatement la plante de son pied sur mes lèvres pour me faire taire. La peau était humide et malodorante. Le cou un peu tordu maintenant, je devais tourner les yeux à fond pour la voir. Mais si je regardais en face de moi, je voyais en gros plan la chair luisante de son pied.
" Tu te tais " a-t-elle ordonné.
Puis, comme j'obéissais, elle s'est penchée sur moi (elle était incroyablement souple), la pointe de ses cheveux fins et doux a effleuré ma tempe et j'ai sentis son parfum fruité qui s'est ajouté à l'odeur de son pied, puis son souffle chaud quand elle a dit encore :
" Tout à l'heure, le maître va arrêter les hostilités. Si tu te plains, je te le ferai payer. Cher. Compris ? "
J'inclinais brièvement les paupières en signe d'assentiment.
_ C'est bien. Tu es nouveau ?
_ Oui.
Pour parler, j'étais obligé de frotter mes lèvres contre sa plante de pied, dont je goutais en même temps la sueur salée.
_ Tu t'es mis avec moi parce que tu croyais que ça serait plus facile de battre une fille ?
J'hésitais sur ma réponse. Mon silence l'a énervée : elle s'est relevée un peu pour enfoncer son genou dans mon plexus.
" Ca fait du bien ? "
Avec ce poids sur ma poitrine, ma respiration faisait un bruit étrange et j'étais tout à coup épuisé. J'ai perdu les pédales et, au lieu de répondre, je me suis mis à lécher son pied. Elle le pressait si fort sur ma bouche que je devais faire un effort pour passer ma langue entre mes lèvres mais elle n'a pas été dupe de mon manège pour autant : elle m'a demandé avec un air stupéfait sur sa jolie frimousse :
" Qu'est-ce que tu fais ? "

Mais avant que je puisse dire quelque chose, un nouveau claquement de mains à mis fin aux affrontements. Elle s'est redressée en une seconde et elle était déjà debout quand j'étais encore à quatre pattes. Dans cette position, je voyais ses pieds nus et l'ourlet de son kimono blanc sur ses chevilles. Je l'ai entendue pouffer discrètement. Puis, je ne l'ai plus vue et j'ai reçu un petit coup de pied dans les fesses : elle avait fait un pas de côté pour me le flanquer. Elle m'a encore attrapé par le bras, mais cette fois c'était pour m'aider à me relever.
" Pas de plainte, tu te souviens ? " m'a-t-elle murmuré à l'oreille.
Je voulais répondre : " oui ", mais j'ai dit " merci ".
J'ai bien vu qu'elle s'est demandée si je moquais d'elle.
" Sincèrement " ai-je ajouté en essayant de me composer une figure à la fois humble et reconnaissante. Elle a relevé un peu le menton et m'a toisé, méprisante.
" On se voit à la fin du cours. Tu m'attends sans te changer ".

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